Interview pour
« guitar.com » - Septembre 2002
(NB : certains chiffres évoqués dans cette interview sont depuis dépassés
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Jean-Pierre Danel, guitariste
émérite, fils d’un Danel célèbre (Pascal…), est aussi un producteur qui
compte et un musicien complet. Malgré ses 34 printemps, il fête déjà cet
été 20 ans de métier… Rencontre avec un artiste au parcours original et
plein de surprises… Il
nous a déjà livré plus de 35 opus, où son jeu lumineux nous fait voyager à
travers toute l’histoire du rock et de la pop. Fort de plusieurs disques
d’or, de deux awards aux USA, et d’une participation remarquée à un album
au profit de l’Unicef, aux côtés, s’il vous plait, de Eric Clapton,
Santana, Al Di Meola, Popa Chubby, Stanley Jordan et BB King, il rebranche
sa Stratocaster vintage pour trois albums simultanés qui caracolent en
tête des ventes du genre sur le net… Interview décontractée de
quelqu’un à qui la réussite ne monte visiblement pas à la
tête… ------------------------------------------ -Quel regard portez-vous sur
ces 20 années de métier (vous n’aimez pas le mot de carrière je
crois…) ? -Ca n’est pas que je ne l’aime
pas, c’est qu’il est parfaitement inapproprié : je n’ai fait aucune
carrière… Je n’ai d’ailleurs jamais cherché à le faire. Simplement, mes
premiers enregistrements et concerts ont 20 ans cette année, ça se limite
à ça. Ca ne constitue pas une carrière du tout. Je n’ai jamais eu un
succès populaire ou une notoriété grand public. Il y a juste, dans le
petit monde de la guitare rock instrumentale, un certain nombre de gens
qui ont de l’affection pour ce que je fais de temps en temps. J’ai eu
quelques albums dont on a pu voir la pub à la télé, et qui sont entrés au
Top 50, dans le meilleur des cas. Ca ne suffit pas à parler de carrière,
ce serait ridicule. Juste un petit passage de temps en temps, remarqué par
une catégorie bien précise d’amateurs. Un petit truc que quelques-uns uns
goûtent avec plaisir, mais c’est tout. Et en plus, c’est beaucoup lié à la
fascination générée par les Shadows sur ce monde là. La production occupe
depuis la fin des années 80 au moins 98% de mon temps. La guitare est mon
bol d’air frais, mais il ne se présente que de temps à autre, il ne
constitue en rien un plan de carrière publique, même si j’adore ça.
Personne ou presque ne me connaît hors de la profession et des gens qui
s’intéressent à la guitare. Mon seul parcours réellement suivi est celui
de producteur… -Mais quel regard portez-vous,
donc, sur ces « petits
passages » ? -Pour être franc, je ne les
avais jamais reliés entre eux. C’est Gérard Roussel, du fan-club français
des Shadows, qui m’en a fait prendre conscience il y a deux ou trois ans,
en préparant une vaste rétrospective. Pour moi, il y a avait un album
par-ci, un titre par-là. Même si je réfute le mot de carrière, je
reconnais que le cumul dans un même sens artistique crée, à force, une
certaine unité. Quand je fais le point aujourd’hui, c’est un mélange de
plaisir et d’insatisfactions. Insatisfactions à cause des trop nombreux
défauts que je trouve à mes enregistrements, et aussi parce que la
pression des maisons de disques m’a fait enregistrer des choses dont
j’aurais mieux fait de me passer parfois. Mais du plaisir aussi, parce que
j’aime ce type de musique, même si c’est moins bien que les Shadows !
Je suis assez souvent content d’un solo ici ou là, ou de la production de
tel ou tel titre, mais extrêmement rarement d’un morceau dans sa totalité.
Je devrais faire une compilation des meilleurs
extraits ! -Quel est votre principal
regret concernant vos enregistrements ? -De ne pas pouvoir y consacrer
le temps nécessaire, et, non pas de les bâcler, mais de ne pas les soigner
suffisamment. Je suis plutôt perfectionniste, or je crois qu’aucun de mes
titres n’est sans défaut réel au niveau du jeu de guitare. Je suis
clairement capable de mieux, mais j’enregistre toujours dans un stress
total parce que je suis trop bousculé par mon emploi du temps. J’ai
généralement 10 ou 15 minutes pour enregistrer la guitare lead d’un
morceau. Un ou deux passages pour régler le son, et la prise elle-même.
S’il n’y a pas de fausse note, on la garde, malgré les défauts. Résultat,
il y a parfois un petit quelque chose qui accroche ici ou là, et sur le
moment, je m’en contente, parce que je suis soulagé d’avoir pu boucler le
titre dans les temps. Mais après, je le regrette pour toujours…Je fais
trop de choses à la fois. Stratospheric par exemple a été bouclé en
9 jours exactement, tous instruments de l’album compris. Ceux pour
lesquels on passe le moins de temps, ce sont les guitares, parce que
généralement la première prise est complète et acceptable. C’est très,
très peu de temps passé pour soigner les choses. Trop peu. Mes productions
sont nettement plus soignées en général que mes propres
disques ! -Admettons que le jugement sur
la qualité soit une question d’appréciation, mais réalisez-vous quand même
l’impressionnante quantité de ce que vous avez réalisé en quelques
années ?
-Comme producteur vous voulez
dire ? Ah oui, quand je vois mon état de stress, je m’en rends
compte ! La dernière fois que j’ai pris plus qu’un week-end de
vacances, c’était cinq jours à New York en janvier 1995…C’est vrai que
comme producteur, j’ai participé à plus de 900 disques. Mais j’aurais
préféré en produire un seul, et que ce soit Sergent Pepper des
Beatles ! -C’est incroyable aussi le
nombre d’albums personnels que vous avez sortis… -Il y en a beaucoup, c’est
vrai. C’est lié aussi à la demande des maisons de disques, qui aiment bien
sur-compiler tout et n’importe quoi…Tant que les résultats commerciaux
seront là, l’offre des maisons de disques sera au rendez-vous. Après, ça
s’arrêtera net ! -Les concerts ne vous
manquent-ils pas ? -Oh ! si, j’adorais ça.
Mais il y a beaucoup de contraintes aussi. On est loin de chez soi, on vit
dans des chambres d’hôtel impersonnelles, et il y a tous ces problèmes
techniques que les gens dans la salle ignorent mais qui vous ont
empoisonné la journée ! -Votre meilleur souvenir sur
scène ? -Il y en a pas mal. Le Liban,
c’était rigolo. Très décalé disons. Il y a une période de concerts en
province aussi, où il y avait un tas de gamines totalement hystériques,
qui hurlaient tout le long. J’ai une cassette audio de l’un d’eux, c’est
impressionnant. On était en pleine « Bruelmania », et, même si
nous n’avons vraiment aucun rapport, à défaut du vrai, elles se sont
contentées des miettes !! N’importe quel type monté sur des planches
aurait fait l’affaire ! -Comment réagissez-vous aux
bonnes critiques de la presse spécialisée parues dans de nombreux pays,
notamment sur Stratospheric ? -Très bien !! Bon, c’est
flatteur bien sûr. Mais je connais trop les petits défauts du disque pour
me laisser tomber dans l’auto-satisfaction. Mais disons qu’un peu de
reconnaissance ne nuit à personne. Le tout est de savoir faire le
tri. -La chose qui vous a le plus
fait plaisir, c’était quoi ? -Je ne sais pas…Il y a eu un
article en Angleterre récemment où il est dit que ma version de
« Parisienne Walkways » explose toutes les précédentes, y
compris donc celle de Gary Moore…C’est pas mal, ça ! Sinon, en dehors
des bonnes critiques, c’est peut-être le fait qu’on me demande un titre
pour Les Masters de la Guitare. On m’a appelé pour me demander
« One More Blues », et, franchement, être au milieu de Clapton,
Santana et Stanley Jordan, ça donne le moral !! Mais bon, ça reste
anecdotique quand même. Le prix de l’Instrumental Rock Guitar Hall of
Fame, c’est rigolo aussi. Je reçois également des lettres qui sont parfois
assez surréalistes ! -Comment jugez-vous votre jeu
de guitare ? -Franchement, je vous assure,
je n’ai jamais réfléchi à ça ! Je pense que je suis un gentil
guitariste, qui fait plutôt bien ce qu’il a choisi de faire, en évitant ce
dans quoi il serait ridicule ! Bon, allez, disons un pas mauvais
guitariste dans ce qu’il fait, mais pas doué en tout. Je fais proprement
ce que je me propose de faire. -Vous êtes modeste…Vous êtes un
guitariste brillant, et très apprécié…Et votre avis sur le jeu de Hank
Marvin ? -Ah ! là, bien sûr, c’est
très différent. Je l’ai bien étudié, et, sans me vanter, bien compris je
crois (à défaut de savoir refaire fatalement aussi bien !). D’abord,
Hank et ses collègues (qui sont d’immenses musiciens, et j’insiste
là-dessus), ont avant tout inventé quelque chose. A chaque fois que je
discute des Shadows avec quelqu’un de leur génération, ils disent tous la
même chose : on avait jamais entendu un truc pareil. Tout est là.
Hank n’est sans doute pas le plus grand technicien au monde – quoi qu’il
ait un niveau impressionnant, mais il y a quelques furieux dans le jazz
comme Sylvain Luc par exemple, qui sont des ovnis. Mais il a un feeling,
un sens mélodique, une subtilité dans l’expression qui est, je pense,
assez unique. Il a influencé tout ce qui a suivi dans le monde pop/rock.
C’est en ce sens un des éléments fondateurs de la musique moderne. Un des
pionniers en tout cas. Il est essentiel de ce point de vue. Les Beatles,
Queen, Dire Straits, Police, Jeff Beck, Mike Oldfield, Led Zeppelin, les
Who, Jimi Hendrix, tous ces gens clament depuis toujours que Marvin est un
exemple et souvent leur influence fondamentale. Ca n’est quand même pas
par hasard. Ecoutez leurs albums live des 70’s, vous allez tomber à la
renverse. Vraiment. Clapton a même déclaré plusieurs fois que les Shadows
étaient « le groupe rock idéal » …La portée de leur
carrière nous échappe totalement en France : plus de 60 singles dans
les charts anglais, dont 12 N°1, plus une soixantaine d’albums entre 1958
et 1990, sans parler des compils depuis leur séparation, de leurs disques
en solo et des compositions et productions des divers membres du groupe
pour d’autres artistes (« Grease » - rien que ça ! -, Cliff
Richard – le plus gros vendeur de disques là-bas depuis plus de quarante
ans, une idole nationale, mélange de Johnny et Cloclo, et aussi le groupe
A-ha, et d’autres encore …Sans parler de duos avec Queen, Paul McCartney,
Dire Straits, etc.). Marvin était encore dans le Top 10 anglais au
printemps dernier, comme avec chaque album. Ca fait 44 ans que ça dure. Il
ne peut plus s’agir de hasard… -Vous le connaissez
bien ? -Disons plutôt que je l’ai bien
connu, lui et les autres Shadows. Mais nous sommes restés 15 ans sans nous
voir, alors la dernière fois que j’ai croisé Bruce Welch, c’était plus
anonyme. Mais outre diverses rencontres à l’occasion de concerts, j’ai
assisté à deux tournages télé, qui se sont déroulés l’un sur trois jours,
l’autre sur cinq. C’est un souvenir merveilleux pour moi.
-Comment obtenez-vous votre
son ? -Quel
son ??? -Le son que les anglais de
Pipeline Magazine appellent
« That Sound » à propos de « Ballad for
a Friend » ? -Vous savez, ce son là, c’est
une copie de quelques variantes de Marvin. Un mélange de ses différentes
époques, avec une petite touche personnelle. Disons qu’une Strat ’56 avec
un Vox ’63, ça fonctionne pas mal ! Sur beaucoup de mes disques
précédents, mon son était assez quelconque. Quand j’ai eu cette guitare,
ça s’est amélioré. Je reconnais quelques idées sympathiques dans certains
solos, qui tirent un bon parti de ce type de sonorité. Pour le reste, il y
a bien une question de toucher, de façon de jouer, c’est vrai. Je tiens le
médiator assez bizarrement (au bout des doigts tendus, et non
repliés : pouce, index et majeur), et je joue la plupart du temps
avec le vibrato dans la main, tout ça influe sur le son. Mais bon, ça n’a
rien de très exceptionnel. Mais comme ce genre d’expression guitaristique
se perd un peu, ça impressionne ceux qui ont perdu toute connaissance de
ce type de jeu. Ca semble inhabituel. Je suis totalement surpris de voir
que des gens passent des heures à comparer les différentes versions de
mêmes titres que j’ai pu enregistrer à des périodes différentes. Ca ne me
semblait pas une question vitale ! -Vous êtes très critique avec
vous-même, non ? -Non, non. Ca n’est pas de la
fausse modestie si c’est ce à quoi vous pensez. C’est juste que j’ai de
bonnes oreilles et que je sais tout ce que je n’ai pas assez soigné ou pas
pu faire pour être aujourd’hui irréprochable. -Mais avez-vous conscience que
des gens apprécient réellement ce que vous
faites ? -J’ai déjà un peu de mal à
avoir conscience que j’ai fait tous ces disques ! Bon, je suis ravi
de découvrir des gens qui écoutent ça comme si c’était, je ne sais pas,
des disques vraiment sérieux. Mais moi j’ai vu ça comme des petits essais,
des ébauches. Certains titres ne sont que des maquettes, et ont été
publiés quand même…Après réécoute, parfois, avec le temps, je comprends
mieux et je suis plus indulgent. De temps en temps ; ça me prend, et
j’écoute un de ces disques comme il faut, et j’essaie d’en percevoir les
qualités. Mais ça m’épate toujours de savoir que des gens font tourner ça
en boucle sur leur platine ! -Vous ne vous sentez pas
totalement artiste ? -Si. Enfin, peut-être moins
qu’à une époque. Mais bon, je ne nie pas ça, du tout. Mais simplement, je
ne vois pas de disque véritablement marquant dans mes enregistrements. Je
peux être satisfait de tel ou tel titre, ou même content d’un passage en
particulier, mais bon, je ne vois pas un album complet vraiment
remarquable, c’est ce que je veux dire. Quelques solos sont quand même
assez réussis sans doute, oui…J’ai fait ces disques sans objectif
particulier. Avec un réel plaisir, mais sans penser que qui que ce soit
les écouteraient un jour. Sans quoi, je n’aurais pas laissé passer autant
de défauts ! Mais visiblement, je dois l’avouer, il y a un certain
nombre de gens qui sont moins critiques que
moi ! -Vous sortez et vendez pourtant
des disques régulièrement depuis des
années ? -Oui. Et j’en suis le premier
surpris. Chaque fois, je crois que c’est le dernier ! Quand les
maisons de disques s’en occupent un peu, ces disques trouvent leur public,
c’est vrai. Certains se vendent même très bien. Mais j’ai, sincèrement,
beaucoup de mal à réaliser que des gens les attendent et les écoutent.
Mais il y en a, sans quoi aucune maison de disques ne sortirait plus mes
albums. -Il y a donc plus que du hasard
ou de l’indulgence… -Oui, oui, sûrement. Mais bon,
je n’ai pas fait les choses comme je l’aurais voulu, c’est ça qui me rend
un peu critique. Je sais tout ce qui aurait dû –et pu – être mieux. Mais
je suis quand même content de certaines choses. Je ne renie rien.
Disons : pas trop mal mais peut mieux faire… -L’Instrumental Rock Guitar
Hall Of Fame, outre deux prix qui vous ont été décernés (album et
compositeur de l’année), a classé deux de vos titres parmi les 100 plus
grands enregistrements de guitare instrumentale du
siècle… -Oui…C’est quand même très
disproportionné en terme d’impact. Un disque comme « Apache » a
retourné toute une génération en 1960. Même si on peut trouver mes deux
titres en question réussis, ils n’ont rien bouleversé dans l’histoire de
la musique. C’est incomparable. Ils ont simplement la qualité de beaucoup
plaire à des fans de guitare, c’est très différent. Mais déjà
bien. -Vous avez d’ailleurs de
nombreux fans, dans plusieurs pays… -J’ai constaté ça, oui.
Internet a beaucoup fait à ce niveau là. Les disques et les informations
voyagent mieux. -Savez-vous que des gens font
des spectacles avec vos playbacks ? -Il y a une série de 4 cd avec
des playbacks de mes titres, oui. Un genre de Karaoké à la guitare. Mais
je ne savais pas que des gens les utilisaient en
live. -Le fait de privilégier
l’instrumental vous donne plus facilement une audience internationale,
j’imagine ? -C’est certain. Et puis, il y a
cette espèce de filiation avec les Shadows, parce que je leur ai souvent
rendu hommage sur disque, et parce que certains savent que je les ai pas
mal connus. En Angleterre par exemple, ça joue beaucoup. Ils ont tellement
marqué là-bas, un peu à l’image de Claude François ou de Johnny chez nous.
Ils ont un nombre incroyable de fan-clubs, et tous ces gens me considèrent
un peu comme de la famille. Par extension, ils s’intéressent à ce que je
fais. Aux USA, le fait d’avoir repris
avec un certain succès, sur le net en tout cas, le titre phare des
Ventures (les Shadows américains) m’a attiré beaucoup de sympathie et
d’intérêt aussi. De toute façon, c’est un genre musical qui fascine des
gens dans tous les pays du monde, jeunes y compris. Pas la majorité de la
population, mais suffisamment pour que le marché mondial soit
conséquent. -N’êtes-vous pas gêné par le
fait que les références principales de ce type de musique remontent aux
années 60 ? Ne craignez-vous pas de vous fossiliser un peu, de ne pas
évoluer ? -Vous avez raison, c’est un
vrai problème en effet. Si bons qu’aient été les gens de cette époque, ça
date tout de même de plus de quarante ans, et il s’est passé bien des
choses depuis. D’un autre côté, on oublie parfois que pendant ces quarante
années, ils ont eux aussi évolué, et proposé de nouvelles choses. La base,
de toute façon, reste rock’n’roll/pop, et ça ne changera pas, à moins de
glisser vers le jazz, qui n’est pas un genre nouveau en soi non plus…Le
R’n’B ou la techno laissent peu de place à la guitare instrumentale, alors
ces bonnes vieilles bases restent les standards de ce style de musique. Il
n’y a pas vraiment d’échappatoire, à priori…Le tout est d’essayer de se
renouveler malgré tout, en gardant des repères communs qui sont le
fondement même du genre. Ou de créer un tout nouveau genre musical, ce qui
serait un défi intéressant, mais dont je ne me sens pas
investi ! -N’avez-vous jamais été tenté
de vous consacrer uniquement à cette activité, en entamant cette fois-ci
une véritable carrière suivie en tant qu’artiste, centrée uniquement
sur vos enregistrements de guitariste solo ? -Oui et non. Ca m’amuserait,
mais franchement, le reste m’amuse aussi. Mon ego ne va pas jusqu’à me
sentir frustré si je ne suis pas en photo dans un journal. Mais l’aspect
concerts et enregistrements confortables, ce serait sympa bien sûr. Mais
je suis trop perfectionniste. Si je me lançais véritablement et uniquement
là dedans, je voudrais que chaque détail soit irréprochable, et ce ne
serait dans doute pas rentable. De toute façon, mes disques se sont faits
un peu par hasard au début, et je les ai toujours vus comme un à côté. Et
puis, je ne souhaite pas abandonner la production. -Certains de vos
enregistrements font référence. Votre version de « The Rise and Fall
of Flingel Bunt » est unanimement saluée, et s‘est classée N°1 sur
internet. Racontez-nous comment elle est
née ? -C’est un morceau des Shadows
que j’ai toujours bien aimé. J’ai puisé ce qui me plaisait le plus dans
leurs différentes versions, et j’ai ajouté quelques bricoles à ma sauce.
Le résultat a du punch. Sur le net, le titre a fait impression auprès des
fans des Shadows, qui me suivent déjà depuis un moment. Je l’ai enregistré
à la maison, avec Olivier Unia, le bassiste de Gérald de Palmas. J’ai joué
les parties lead avec ma Strat ’56 sur mon Vox, et la rythmique avec une
Strat ’79 sur un préampli Boogie Quad. On m’en parle souvent, c’est
vrai. -Votre version de « Come
Together » est énorme ! Elle a d’ailleurs elle aussi décroché le
N°1 sur le net. A quand un album consacré aux Beatles (pour changer un peu
des Shadows !) ? -Je sais que ce titre plait
bien, et c’est aussi un de mes préférés. J’adore les Beatles, vraiment.
J’adorerais faire ça. Mais c’est beaucoup de travail, car énormément de
choses ont déjà été faites sur ce répertoire. Il faut bien se pencher sur
la question pour que ça ait un réel intérêt. Encore un problème de temps
donc… -Parlons un peu
technique : vous n’utilisez que des
Strats ? -Oui. C’est un automatisme. Les
quelques fois où j’ai joué sur autre chose, je ne me sentais pas à l’aise.
Avec une Strat, je me sens à la maison. C’est une guitare fantastique de
simplicité et d’efficacité. J’en ai une grosse vingtaine : une
vintage de 1956 (avec un manche piqué sur une autre contemporaine), un
modèle Clapton, un modèle Marvin, une Custom Shop Mary Kaye 1956, une
Anniversary 1979, une autre strat ’79, des modèles 71 et 74, plusieurs
Fender re-issue (’57 et ’54), plusieurs Fender Japon, dont une avec des
micros Texas Special, une Strat + Deluxe, etc…La panoplie complète !
J’ai quand même une Telecaster ’66 dans un coin. Je louche sur une Strat
série « L » de 1963 ces temps-ci, mais elle n’est pas à
vendre pour le moment…Je joue principalement sur ma ’56, et aussi, pour
les sons saturés, sur la Clapton. En rythmique, j’utilise pas mal le
modèle de 1979. Mais pour les solos, la ’56 reste imparable à mon
avis. -Dans « Late Evening in a
Club », vos deux solos justement, sont
remarquables… -Merci ! C’est de
l’improvisation répétée. Je tourne le titre en essayant des choses, et je
me rapproche petit à petit des idées définitives, qu’on garde quand elles
sont abouties. Mais le tout se fait en deux ou trois prises grand maximum.
Beaucoup de solos plus simples sont totalement improvisés par
contre. -Dans « Wooden Leg
Stomp », votre maîtrise du style rock’n’roll est époustouflante
! -Merci ! Merci !! J’y
ai mis quelques plans que j’aimais bien, piqués dans mes propres morceaux
précédents, ou inspirés d’ailleurs. Le son de la guitare est pas mal, mais
la production a pas mal de défauts à mon avis. Ca reste efficace quand
même, et le titre plait bien. -Votre nouvelle version de
« Mission Impossible » fait très fort
également… -Je suis quand même un peu
moins enthousiaste que vous... La production est bien, oui, mais la
guitare pêche un peu à mon avis…Je n’ai fait qu’une prise de ce morceau,
et certains effets sont un poil maladroits je pense. Les idées sont
bonnes, mais exécutées avec quelques petits accros qui m’énervent quand je
l’écoute. Mais il parait que suis le seul à les
entendre… -Dans un genre différent,
j’aime beaucoup votre solo jazzy dans « Mini
Skirt »… -Honnêtement, celui-là, je
l’aime bien aussi ! Mais j’ai ramé un peu quand j’ai dû répéter le
playback pour un passage télé ! -Les harmonies de « Night
Fall » sont extraordinairement complexes,
non ? -Extraordinairement est un peu
exagéré quand même ! Disons que je m’étais un peu creusé la tête de
ce point de vue à l’époque, je me souviens. C’était il y a pas loin de
vingt ans, et j’avais plus de temps que maintenant… -Et
celles de « A Story of Love »?!! -Mais vous les connaissez par
cœur !?! Oui, celles là sont particulièrement tordues. J’ai fait ce
morceau en utilisant trois open-tunings différents, d’où le casse tête si
vous voulez le rejouer en une fois… C’est simplement
impossible… ! -Votre titre « Midnight
Rockin’ » est devenu cette année l’habillage musical de la télévision
nationale en…Lethonie…Comment cela s’est-il
passé ? -J’ai tout simplement reçu une
demande il y a quelques mois. Il figure sur un coffret qui doit bien se
vendre là-bas. Ce qui est drôle, c’est qu’au départ, j’avais écrit ce
titre pour le générique d’un projet d’émission télé pour M6, en
1987…L’émission ne s’est finalement pas faite, le titre est sorti sur
disque plusieurs années plus tard, et le voici revenu à la télé malgré
tout… -En 1997, vous avez été parmi
les précurseurs de la « French Touch » avec votre remix
d’ « Apache »… -C’est drôle, on me dit ça,
presque respectueusement maintenant, de temps en temps, mais à l’époque,
BMG avait trouvé le projet ringard, trop typé disco, et m’avait demandé de
faire faire un remix plus techno… La version que vous qualifiez de
« French Touch » est finalement restée N°2 des charts sur le web
pendant un mois, mais en …2001 ! -Quel chorus à la fin du
titre ! -Merci. La guitare sonne bien,
oui. -Vous pensez que le mélange
guitare rock/production dance est un genre d’avenir ? Vous l’avez
expérimenté depuis 1994 avec des compositions comme « Western
Ridin’ » ou « All Right » … -Je ne sais pas. Ces essais
étaient un peu involontaires. J’ai utilisé des samples de Madonna que
m’avait donné le producteur de ses remixes à l’époque. Plusieurs DJ me
demandent de travailler sur un projet dans ce sens. C’est simplement une
question de disponibilité. -Vous avez aussi enregistré des
choses surprenantes, comme cette version de « L’Idole des
Jeunes », qui plait tant à nos confrères brésiliens de l’Instrumental
Newsletter… -J’ai lu ça, oui. Des choses
surprenantes, et surtout, pas toujours indispensables ! A un moment,
la pression pour sortir des albums a été telle que, n’ayant pas le temps
matériel d’enregistrer de nouvelles choses, j’ai dû recycler des playbacks
d’anciennes productions et y ajouter des guitares lead. C’est le cas pour
ce titre, qui était une version destinée au karaoké au départ. Comme il
est connu dans le monde entier (« Teenage Idol » en anglais), je
me suis dit que ça pourrait évoquer quelques souvenirs un peu
partout… -J’ai lu sur le net que vos
disques étaient diffusés dans 34 pays ? -On peut le voir comme ça, en
effet, mais ça se joue surtout par le biais de l’export. Dans beaucoup de
ces pays, les ventes sont anecdotiques. Certains de mes albums ont été
classés au Top 50 à une époque, ou plus souvent depuis dans les charts sur
« Amazon. com », en Angleterre, aux USA, en France, Belgique,
Pays Bas, Allemagne, Espagne, Autriche et au Japon. Le reste, c’est
quelques ventes par-ci par-là. -Vous avez travaillé avec les
plus grands musiciens français, dès votre adolescence. Comment cela se
passait-il à cette époque ? -J’ai eu beaucoup de chance.
Contrairement à aujourd’hui où, disposant de mon propre studio, je
travaille quasiment en vase clos, avec un ou deux « invités » de
temps en temps, je devais, dans les années 80, aller de studio en studio.
J’y faisais bien sûr des rencontres, comme Eurythmics ou Serge Gainsbourg.
Laurent Voulzy m’a présenté son arrangeur Michel Coeuriot, qui m’a
présenté le clavier de Gotainer, Celmar Engel, etc. L’équipe de Michel
Berger (Jannick Top, etc.) était formidable. Impressionnants, mais très
ouverts. La section de cuivres de Johnny était épatante aussi…J’étais bien
sûr flatté qu’on me fasse confiance. Quand on a travaillé sur mes propres
titres, j’ai eu quelques grands moments avec eux. Ils ont bien aimé mon
jeu de guitare...J’étais aux anges ! Ils avaient 40 ans en gros, et
moi 18 ou 20…C’était un immense encouragement. Bernard Paganotti est aussi
venu enregistrer à la maison. Avec Cabrel, il est assez miraculeux.
Olivier Unia, rencontré depuis, est aussi un excellent
bassiste. Petit à petit, mon travail ne s’est plus limité à la
guitare. Je me suis retrouvé chargé des arrangements complets : les
cuivres, les cordes parfois, les chœurs, les rythmiques, etc. C’est comme
ça que j’e suis tombé dans la production à 20 ans. Tout en continuant à
jouer les guitares bien sûr. -Votre réputation de guitariste
se double de celle de compositeur… -Ah bon ? Je ne sais
pas... Il y a eu ce prix pour « Ballad for a Friend », mais
sinon, je ne vois pas….Ma mère adore ce morceau…Mais c’est ma mère !
Julie, mon amie, me dit souvent que je devrais composer plus…Mais je
manque tellement de temps…J’ai fait un instrumental pour elle…
(« A
Theme for Julie », NDLR.). -N’avez-vous jamais composé
pour votre père ? -Il me l’avait demandé quelques
fois à une époque. J’ai fait quelques musiques, mais elles s’intégraient
peu dans ses albums du moment. Il fait très bien ses propres
mélodies. -Vous avez écrit pour la
publicité, non ? -Un tout petit peu, oui. France
2, Nostalgie, Mercedes… -Et pour le
cinéma ? -Ah ! ça, ce serait le
rêve, mais c’est infiniment difficile, à tous points de vue. Ennio
Morricone ou John Williams sont des gens qui ont un bagage culturel et
technique infernal ! Danny Elfman est très impressionnant également.
Ce qu’il a fait pour « Mars Attacks » est un pur bijou. C’est un
monde très fermé, parce qu’il faut avoir fait ses preuves. Les enjeux sont
lourds. Brian Bennett des Shadows a réussi ce pari, et il est aujourd’hui
couvert d’honneurs. C’est parfaitement mérité. La seule demande que j’ai
eue m’avait été présentée comme un documentaire, et a en fait fini dans un
célèbre film X avec Laure Sinclair !! Brillant,
non ?! -Et votre période de
chanteur ? -Il faut vraiment parler de
ça ?!! A cette époque, je voulais être guitariste dans un groupe, et
faire éventuellement des chœurs. Mais on m’a poussé un peu à sortir du
lot. L’instrumental n’étant, de l’avis général, pas du tout viable
commercialement (ce qui s’est avéré faux !), il fallait chanter. Je
m’y suis mis avec plaisir, même si je n’étais pas vraiment doué pour plus
que des chœurs – j’en ai fait pas mal pour d’autres d’ailleurs, y compris
pour mon père. Mes textes n’étaient pas toujours bons non plus, loin de
là ! Certaines chansons auraient peut-être pu donner quelque chose,
mais je n’étais pas assez solide de ce point de vue pour développer une
carrière de chanteur. De toutes façons, ce que je préférais dans mes
chansons, c’était les solos de guitare ! -Votre titre « Chasseur
d’Indien » est quand même très intéressant… -Merci…C’est le meilleur sans
doute. En tout cas, celui qui correspond le mieux à ce que je voulais
faire. C’est pour ça qu’on l’a retrouvé sur un de mes albums malgré tout.
J’en ai un tas d’autres en stock, mais qui ne sont pas sortis, hormis
quelques compils. Il y a un vague projet visant à les sortir en album ces
temps-ci. -Dans les années 80, votre 45
tours «Chez Toi et Moi» a reçu un bon accueil quand même… -NRJ le passait tous les jours,
oui. Mais ce sont uniquement mes disques comme guitariste qui ont
fonctionné en terme de ventes. En tant que chanteur, on ne peut parler que
d’accueil positif de la profession, à peine de succès
d’estime. -Vous avez par contre
extrêmement bien réussi comme producteur… -C’est un point de vue…Je ne
peux pas me plaindre, quantitativement, oui, d’une certaine façon.
Artistiquement, c’est parfois autre chose ! Ca me permet en tout cas
de faire un métier que j’aime. Puzzle est la société indépendante qui a
signé le plus gros contrat jamais obtenu avec une major du disque (Warner
en l’occurrence), et j’en suis assez satisfait : nous avons sorti 209
albums d’un coup avec eux en juin, et monté une très grosse opération,
sans parler de solides succès en compilations, comme « Ti Amo
Italia » au printemps, par exemple, dont les deux volumes dépassent
les 450 000 exemplaires vendus en tout. Il y a aussi beaucoup de
disques qui sont d’une ampleur commerciale plus modeste, et qui ne visent
ni le disque d’or ni les charts. Un double album de chants sacrés
tibétains, par exemple, n’est pas fait pour ça, mais je le produis quand
même parce que c’est un beau disque, et qu’il y a un public pour ça. Je
dois juste faire attention de rester rentable malgré tout. Il y a beaucoup
de disques dans cette catégorie, qui se vendent lentement,
raisonnablement, mais sûrement. C’est pourquoi j’ai produit autant de
choses. Depuis 1989, Universal, Sony, Warner et les autres nous font
confiance, et en ce sens, c’est une réussite. -Vous avez aussi produit
beaucoup de remixes ? -Co-produit avec des DJ est
plus exact. « Alexandrie Alexandra » en Angleterre avec le
fameux DJ Joey Negro, très connu outre-manche. Ca a été un petit hit dans
les clubs là-bas, et en Suède aussi. En France, j’ai travaillé pour
Skyrock avec le DJ Da French Guy, et on a eu la chance depuis deux ans
d’avoir le feu vert pour nos remixes de la part de labels et d’artistes
aussi prestigieux que Madonna, Moby, Daft Punk ou Britney Spears. J’ai
aussi produit un des deux cd du double album lounge « Buddha
Bar » sorti pour les 40 ans d’Amnesty International en décembre
dernier, avec divers DJ. C’est un disque caritatif. On en a vendu plus de
400 000. -Combien avez-vous reçu de
disques d’or ? -Je crois qu’on en est à
69. - !! -Au centième, je paie ma
tournée ! -Et de disques entrés au Top
50 ? -C’est un Top 100 maintenant,
pour votre information, et même 150 pour les albums ! Ca n’est pas si
révélateur que ça. Je vous donne un exemple : j’ai produit près d’une
cinquantaine de disques classés au Top, parmi lesquels quatre N°1 et deux
N°2. Et bien, chacun des mes deux N°2 s’est finalement mieux vendu que
n’importe lequel des N°1, parce qu’ils sont restés plus longtemps dans le
Top, même s’ils sont monté un peu moins haut. Tout ça est très
relatif… -Vous avez aussi travaillé
avec… les lofteurs !!
Franchement, vous avez des retards
d’impôts ?!? -Non ! Mais j’assume. Vous
savez, ce qui m’a intéressé dans cette aventure (à laquelle ma
contribution a été modeste : je n'ai produit que quelques remixes,
participé à quelques titres supplémentaires de Félicien, et fait quelques
démarches pour des compils auprès des majors du disque), c’était de voir
de l’intérieur comment un phénomène aussi populaire fonctionnait. C’est
beaucoup moins organisé et marketté que ce que l’on peut croire. Ils font
un peu comme ils le sentent…Le public a un rapport particulier avec les
lofteurs, très différent de celui qu’il adopte avec les artistes :
les gens admirent les artistes, mais ils ont un rapport affectif avec les
lofteurs, comme s’ils faisaient partie de la famille. Je suis tout à fait
d’accord que l’émission a beaucoup de côtés débiles, et qu’artistiquement,
les disques sont parfaitement nuls, mais le phénomène reste intéressant à
observer de près. C’est une expérience à vivre, croyez-moi. Il y a quelque
chose de très spécifique. On m’avait aussi demandé de participer à
« L’Ile de la Tentation », je n’ai pas pu le faire pour des
raisons d’exclusivité, et ça, je ne le regrette pas, parce que, même si
j’ai raté un hit, je trouve l’émission vulgaire, bien plus que « Loft
Story ». J’ai rencontré la plupart des lofteurs, ce sont des gamins
tels qu’on a pu l’être vous et moi. Ils profitent plus ou moins bien des
opportunités qui leur sont offertes. Contrairement à ce que l’on peut
penser, c’est, d’un strict point de vue professionnel, une excellente
expérience. J’ai été très surpris de voir l’impact qu’ils ont en terme de
ventes de disques bien sûr, mais aussi de leur popularité dans la rue.
C’était ça que je voulais évaluer de plus près. C’est plutôt une approche
analytique, je dirais ! Je n’ai pas d’ego artistique exacerbé, je ne
me prends pas pour ce que je ne suis pas. Pousser des cris de chèvre en
studio avec Félicien m’a simplement confirmé que je n’en suis pas encore
au stade où l’on se prend au sérieux, et ça me rassure plutôt… Quant à
l’argument financier, l’année s’est montrée suffisamment bonne pour que ce
ne soit pas vraiment le problème… -Qu’est ce qu’on ressent quand
on met en perspective 20 ans de métier, alors qu’on fête tout juste ses 34
ans ? -On se sent jeune et vieux à la
fois…Pour mes nièces et mon neveu, je suis antédiluvien ! Disons que
ça donne quelques points de repère. -Et comment voyez-vous votre
avenir de producteur ? -Je ne sais pas…Je n’ai aucune
idée de ce que je ferai dans six mois…Il sera à mon avis difficile de
maintenir un tel rythme. On ne peut pas perpétuellement avoir une grosse
dizaine de hits par an, comme c’est le cas cette année, c’est trop énorme.
J’aimerais connaître plus de succès avec des nouveautés, mais c’est
extrêmement compliqué, et pas seulement artistiquement hélas.
-Quel artiste auriez vous aimé
être ? -Dans la musique, Paul
McCartney. C’est le compositeur idéal pur moi. Le plus grand talent de la
pop music. Se réveiller le matin et réaliser qu’on a écrit « Let It
Be », « Yesterday », « Hey Jude », « Sergent
Pepper », « Get Back », « The Long and Winding
Road », et des dizaines d’autres, vous vous rendez compte ? Sa vie privée a même l’air
réussie. Sinon, hors de la musique, Sacha Guitry me parait un choix assez
parfait. Raymond Loewy, l’inventeur du design industriel, a eu une vie
passionnante aussi. -Quel conseil pourriez-vous
donner à un jeune qui se lance ? -C’est bien délicat de donner
des conseils ! Je dirais, de ne pas être sectaire, d’écouter un peu
de tout, y compris des choses anciennes. C’est ce que m’avaient dit les
Shadows quand j’avais 12 ou 13 ans, de passer à autre chose que leurs
disques, parce que je n’écoutais que ça ! Il y a de belles choses à
piquer partout. Il n’y a pas longtemps, j’ai produit une compilation de
Glenn Miller, et le solo de sax de « In The Mood » ferait de
magnifiques plans rock-blues à la guitare. C’est pourtant bien un des
derniers trucs qu’irait écouter un guitariste pour trouver de
l’inspiration…Le plus important de tout reste d’avoir un bon morceau, quel
que soit son style. -Il y a trop peu de concerts
permettant d’applaudir les références de la guitare rock instrumentale, et
nombreux sont ceux qui vous attendent à nouveau sur scène. Y a t il une
chance de ce côté-là ? - Vous êtes trop gentil…Comme
je le disais tout à l’heure, c’est une question de temps. Il faudrait que
j’y consacre un bon moment pour présenter quelque chose de fidèle à l’idée
que je me fais, pour y prendre du plaisir. Si c’est moyen, ça ne m’amusera
pas. Mais il faut un peu de temps libre pour ça. J’ai de nombreuses
demandes en Angleterre et en France surtout, mais je ne peux pas tout
arrêter pour monter un groupe et répéter un mois…Ca ne me parait pas
compatible avec les exigences actuelles de mes activités de
producteur. -Quels sont vos projets
alors ? -J’ai écrit un livre sur la
Fender Stratocaster il y a deux ans, et il va sortir seulement dans
quelques mois je pense. Un double best of est prévu aussi aux Pays Bas cet
automne. Il va y avoir encore quelques compils de guitare, et peut être un
nouvel album si j’ai le temps. A défaut, je mets des inédits par-ci par-là
dans les compils, après qu’ils aient fait un passage sur le net. La
production toujours aussi, bien sûr…et des
vacances !! T.L.
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